Aux Serres d’Auteuil, les arbres de vie du Sahel racontent une autre histoire

TABLE RONDE - Aux Serres d’Auteuil

JOURNÉE MONDIALE DE LUTTE CONTRE LA DÉSERTIFICATION ET LA SÉCHERESSE · 17 JUIN 2026 · SERRES D’AUTEUIL, PARIS

Le 17 juin, A Better Life by SOS SAHEL et la Ville de Paris ont réuni aux Serres d’Auteuil chercheurs, institutions, entreprises et acteurs sahéliens autour d’une conviction commune : le Sahel est un territoire de ressources, de savoir-faire et de solutions. Le temps fort de la journée, une table ronde consacrée à la filière de la gomme d’acacia, a porté ce regard tourné vers la valeur créée et les partenariats qui la rendent durable.

TABLE RONDE - Aux Serres d’Auteuil
La table ronde « Les arbres de vie du Sahel », animée par Ange Mboneye, aux Serres d’Auteuil. © A Better Life by SOS SAHEL

Un autre regard sur le Sahel

En ouvrant la rencontre, Sidy Sarr, président d’A Better Life by SOS SAHEL, a posé l’intention de la journée. Plutôt qu’un constat, un changement de perspective : célébrer ce que le Sahel porte de ressources et de savoir-faire, et montrer comment les filières locales créent de la valeur tout en restaurant les terres.

« Cette journée est l’occasion de jeter un autre regard sur le Sahel : un regard qui met en lumière les ressources, les savoir-faire, les filières et les solutions du territoire. »
Sidy Sarr — Président, A Better Life by SOS SAHEL

Il a salué un partenariat de plus de vingt ans avec la Ville de Paris, les Jardins botaniques et les équipes des Serres d’Auteuil — un lien qu’il décrit aujourd’hui comme une amitié — et a choisi la gomme d’acacia comme fil conducteur : un ingrédient discret, présent dans une multitude de produits du quotidien, derrière lequel se tiennent des arbres adaptés aux zones sèches, des communautés rurales, des revenus et une filière qui relie les territoires sahéliens aux marchés internationaux.

La modératrice Ange Mboneye, qui a longtemps œuvré au sein de l’organisation, a inscrit l’échange dans le thème onusien de l’année — les parcours pastoraux — et a donné le cap.

« Souvent, ces journées sont l’occasion de faire un constat. Nous, nous avons voulu opter pour le prisme des solutions. »
Ange Mboneye — Modératrice de la table ronde

Nana Touré : la souveraineté commence par l’alimentaire et l’économie

Directrice du secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest à l’OCDE, Nana Touré a ouvert l’échange par une lecture régionale. Elle a rappelé une coïncidence parlante : le Club du Sahel fête ses cinquante ans en même temps que SOS SAHEL, tous deux nés en 1976 à Dakar. Cinquante ans plus tard, elle invite à lire la démographie sahélienne comme une opportunité à transformer en capital humain et en emplois.

« Nous ne pouvons plus dissocier l’urbain du rural. Le défi, c’est de créer et de relier les chaînes de valeur locales, de la production à la transformation et au marché. »
Nana Touré — Directrice du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, OCDE

Sur la question, très présente, de la souveraineté, elle a tenu à préciser le mot.

« Quand on parle de souveraineté, je veux parler de souveraineté alimentaire, de souveraineté économique, de souveraineté sécuritaire. »
Nana Touré — Directrice du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, OCDE

Mathieu Dondain : la gomme arabique, une filière qui plante des arbres et fait vivre des territoires

Directeur général et vice-président de Nexira, leader mondial de la gomme d’acacia, Mathieu Dondain a présenté un ingrédient utilisé depuis des millénaires, aux propriétés de fibre soluble prébiotique. Surtout, il a déroulé les résultats du programme ACACIA mené avec SOS SAHEL, qui structure la filière au plus près des producteurs.

Au Tchad, le programme a permis de planter près de deux millions d’arbres sur 10 000 hectares, de doubler la production de gomme — de 1 500 à 2 500 tonnes, avec un objectif de 5 000 — et d’impliquer quelque 30 000 producteurs, avec l’ambition d’en associer 50 000. Une dynamique qui se prolonge au Mali et au Sénégal.

« L’acacia est un rempart à la désertification ; il fait partie de la Grande Muraille Verte. Cet ingrédient discret a de multiples vertus : nutritionnelles, mais aussi environnementales et économiques. »
Mathieu Dondain — Directeur général et vice-président, Nexira

Interrogé sur la fidélité de son entreprise à la région, il a répondu par la confiance et l’ancrage local — travailler avec les familles et les entreprises soudanaises, tchadiennes, maliennes, sénégalaises — et a salué l’esprit d’entreprise sahélien, du fonio porté par Pierre Thiam aux jeunes qui font renaître les cultures oubliées.

« Ce besoin alimentaire est mondial, mais il faut que ce soit pour l’Afrique et avec l’Afrique. »
Mathieu Dondain — Directeur général et vice-président, Nexira

Rémi Hémeryck : A Better Life, une plateforme qui relie le Sahel au monde

Délégué général d’A Better Life by SOS SAHEL, Rémi Hémeryck a rappelé les origines de l’organisation — Senghor et quelques grandes personnalités, autour de la sécurité alimentaire — avec une pensée pour Alfred Sawadogo. Il a identifié, dans le capital humain qualifié qui investit aujourd’hui les territoires, l’un des grands changements des vingt dernières années, et il a fait de la biodiversité sahélienne une force agricole : spiruline, pain de singe, et toutes les espèces présentées dans la serre du Sahel.

« La biodiversité sahélienne est une force pour l’agriculture du territoire. L’enjeu, c’est de passer d’une dynamique de cueilleur à une dynamique de professionnalisation de la filière. »
Rémi Hémeryck — Délégué général, A Better Life by SOS SAHEL

Il a présenté A Better Life comme l’étape qui prolonge cinquante ans d’action : une plateforme qui facilite l’intégration des entreprises et des porteurs de projets sahéliens, réunit la Grande Muraille Verte, l’association des cultures oubliées et la confédération rurale sahélienne, et construit des partenariats plus efficients, au-delà du seul modèle des subventions.

« L’idée, c’est de faciliter l’intégration des porteurs de projets sahéliens et de leur permettre d’être davantage au contact du monde global, pour répondre ensemble à ses besoins. »
Rémi Hémeryck — Délégué général, A Better Life by SOS SAHEL

Régis Crisnaire : une serre vivante pour transmettre, sans discours anxiogène

Conservateur du jardin botanique de la Ville de Paris, Régis Crisnaire a présenté la nouvelle serre des plantes du Sahel, fruit de plus de vingt ans de collaboration. Les graines, confiées par SOS SAHEL, viennent des onze pays sahéliens et sont tracées jusqu’au village de collecte ; le jeune jardinier botaniste Grégoire les cultive avec soin. La médiation se veut rigoureuse — on privilégie les acacias plutôt que le moringa, d’origine asiatique — et résolument positive.

« On ne ramène pas un discours anxiogène aux enfants. On leur montre de belles plantes, des plantes utiles. Et on forme des éco-citoyens. »
Régis Crisnaire — Conservateur du jardin botanique de la Ville de Paris

Il a rappelé, avec malice, à quel point ces ressources nous accompagnent : un confrère genevois lui confiait utiliser la gomme arabique dans sa recette de vin naturel.

« Dans le confort de nos vies européennes, nous consommons quasiment tous les jours la gomme arabique sans même le savoir. »
Régis Crisnaire — Conservateur du jardin botanique de la Ville de Paris

Pour inaugurer la serre, les invités ont arrosé une rose de Jéricho avec l’eau de Paris, en lieu et place du traditionnel ruban : une plante du désert qui, au fil des semaines, s’ouvrira et libérera ses graines dans la serre — une jolie symbolique de résilience pour la journée de lutte contre la désertification.

Des échanges qui tiennent, même en contexte difficile

Répondant à une question sur les conflits régionaux, Nana Touré a partagé les résultats d’une étude de l’OCDE sur le commerce intra-régional ouest-africain. Les dynamiques commerciales et la mobilité se maintiennent, portées notamment par les femmes — qui représentent 40 % des acteurs du commerce — et représentent l’équivalent de dix milliards de dollars absents des statistiques officielles.

« Le Sahel n’est pas un territoire sans solution. Les solutions sont ancrées dans le Sahel et les opportunités sont là. »
Nana Touré — Directrice du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, OCDE

Côté gomme, Mathieu Dondain a confirmé le maintien des engagements de la filière malgré la crise au Soudan et la montée en puissance du Tchad, du Mali et du Sénégal, autour d’un milliard d’arbres répartis dans les zones de récolte. Rémi Hémeryck a élargi le propos : replacer l’arbre au centre de systèmes agro-pastoraux diversifiés, à la fois pour leur intérêt écologique et économique.

Des traditions vivantes, pleinement contemporaines

Carole Reffaber Traoré, cofondatrice du Lac de Lassa à Bamako, a invité à penser ces filières aussi comme des traditions vivantes — les gestes de transformation des ressources naturelles. Régis Crisnaire a prolongé par l’ethnobotanique : la serre accueille des outils traditionnels et des cultures comme le fonio, présentés non comme une image passéiste, mais comme des savoirs d’actualité.

« Que ce soit le quinoa en Amérique du Sud ou le fonio au Sahel, ces cultures traditionnelles ont beaucoup à nous apprendre. Elles sont de pleine actualité. »
Régis Crisnaire — Conservateur du jardin botanique de la Ville de Paris

« Arbres de vie » : raconter l’écosystème sahélien par l’art

Pour clore l’échange, Mathieu Dondain a présenté l’exposition « Arbres de vie », pensée avec le photographe Nicolas Henry, fondateur de la Biennale Photoclimat. Plutôt que de décrire des produits, le choix a été fait de capter l’attention par l’image, autour du baobab, du balanites et de l’acacia — photographiés au Tchad et au Sénégal, sur les zones du programme ACACIA, avec l’accueil de SOS SAHEL.

« L’art et la photographie captent l’œil et racontent une histoire. C’est une façon de rendre hommage à ces écosystèmes peu connus, et qui méritent de l’être davantage. »
Mathieu Dondain — Directeur général et vice-président, Nexira

L’exposition est accueillie aux Serres d’Auteuil jusqu’au 5 juillet, grâce à Nexira. Une invitation à poursuivre la visite — de la serre des plantes du Sahel au marché des produits du territoire — et à prolonger l’élan d’une journée résolument tournée vers les solutions.

A Better Life by SOS SAHEL

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