Séminaire interne : de SOS SAHEL à A Better Life

Début mars 2026, les équipes de SOS SAHEL se sont réunies à Dakar pour un séminaire stratégique consacré à l’avenir de l’organisation. Pendant trois jours, directeurs pays, chargés de projets, responsables de suivi-évaluation, équipes financières et de communication ont travaillé ensemble pour dessiner les prochaines étapes d’une évolution engagée depuis plusieurs années : celle qui conduit l’organisation vers A Better Life. Ce séminaire n’était pas une réunion de plus. C’était, selon les mots du président, « une étape décisive dans l’histoire de l’organisation »

Cinquante ans d’action sur le terrain

C’est par ces mots que Sidy Sarr, nouveau président de l’organisation, a ouvert le séminaire : « Il ne s’agit pas de tourner le dos à notre histoire. Mais de lui donner une nouvelle puissance. »
Depuis cinquante ans, SOS SAHEL agit dans des contextes souvent difficiles. Des millions de producteurs accompagnés. Des systèmes agricoles renforcés. Des communautés rurales soutenues dans des zones parfois oubliées. Des relations de confiance tissées patiemment, pays après pays, avec des organisations paysannes, des coopératives, des institutions locales. Au Burkina Faso, au Tchad, au Sénégal, au Niger, au Mali… des équipes qui, dans certains cas depuis plus de vingt ans, travaillent aux côtés des mêmes acteurs, comprennent les mêmes réalités, parlent les mêmes langues.

Ce socle est réel. Il représente une connaissance fine des territoires que peu d’organisations peuvent revendiquer. C’est lui qui donne à cette transition sa légitimité et son exigence.

Mais la question posée à Dakar par le président n’était pas de regarder le chemin parcouru. Elle était : « quelle organisation voulons-nous être dans dix ans ? »

Nous devons nous adapter

Le contexte a profondément évolué. La contraction de l’aide publique, la compétition accrue pour l’accès aux financements, l’exigence croissante de résultats mesurables, mais aussi et surtout l’évolution du contexte régional et la place centrale que doivent occuper les organisations locales redessinent le paysage du développement. Ces transformations ne sont pas abstraites : elles sont vécues quotidiennement par les équipes sur le terrain. Certaines organisations ont déjà fermé. Face à cette réalité, une prise de conscience s’impose progressivement : « Le modèle centré exclusivement sur des projets financés par des bailleurs atteint ses limites

Ce n’est pas une critique du passé. C’est une nécessité stratégique. Et elle s’accompagne d’une conviction plus profonde, construite au fil des années sur le terrain : les changements qui durent sont ceux que les gens portent eux-mêmes.

« Nous avons accompagné des partenaires locaux à concevoir des projets pendant des années. Mais qu’est-ce qu’on leur laisse vraiment ? » Cette question, posée ouvertement pendant le séminaire, a permis de remettre au centre une conviction déjà bien ancrée. Depuis longtemps, SOS SAHEL travaille avec des organisations paysannes, des coopératives et des entrepreneurs ruraux qui font vivre les territoires. Leur connaissance du terrain, leurs savoir-faire et leur capacité à innover sont essentiels. Ce sont eux qui portent, au quotidien, les transformations des économies rurales. Aujourd’hui, il ne s’agit plus seulement de le reconnaître, mais de le dire clairement et d’organiser notre action en conséquence. L’enjeu est de soutenir leurs initiatives, de renforcer leurs capacités et de créer les conditions pour qu’ils puissent développer eux-mêmes les filières et les activités économiques de leurs territoires.

Les producteurs, les agriculteurs, les femmes, les jeunes, les communautés rurales ne sont pas des bénéficiaires. Ce sont des acteurs. Ce glissement de vocabulaire n’est pas anodin : il traduit un changement de posture dans la façon de concevoir, de financer et d’accompagner les initiatives.

Un mouvement, pas un logo

A Better Life n’est pas un changement de logo. Ce n’est pas une opération de communication. C’est un changement de modèle engagé.

L’ambition est simple et forte : faire de l’Afrique une terre d’opportunités et une source d’inspiration pour le monde. Passer du narratif de la vulnérabilité à celui de la puissance transformatrice. Valoriser l’ingéniosité, la résilience, l’intelligence des femmes et des hommes qui font vivre ces territoires.

Concrètement, cela signifie passer d’une organisation de projets à une plateforme d’agri-entrepreneuriat. D’une logique d’assistance à une logique de création de valeur. D’une dépendance exclusive aux bailleurs à un modèle hybride et structuré s’appuyant sur ce que SOS SAHEL a construit.

« Nous ne voulons plus seulement exécuter des projets, a affirmé Sidy Sarr. Nous voulons catalyser des écosystèmes. » Ce mot catalyseur est revenu souvent pendant le séminaire. Il dit bien la nature du rôle de A Better Life: non pas faire à la place, mais créer les conditions pour que les initiatives locales se développent, se connectent, et durent.

07/03/2026 - Dakar Yacouba SAWADOGO (Région Bassin Niger) Atelier n°3

Trois jours pour construire, région par région

Pendant trois jours, les équipes n’ont pas reçu une stratégie à appliquer. Elles ont construit collectivement, à partir de ce qu’elles observent sur le terrain. Les ateliers ont été organisés par région : Pays côtier d’Afrique de l’Ouest, Région Lacs Tchad et Région Bassin Niger. Chaque équipe est partie de ce qu’elle connaît : les acteurs locaux avec qui elle travaille depuis des années, les productions qui existent, les blocages qui freinent la création de valeur. Ces échanges ont alimenté des fiches d’initiatives un outil concret pour rendre visible ce qui se construit.

C’est cette méthode elle-même qui incarne le changement de posture. Des professionnels expérimentés qui travaillent dans des contextes très différents ont croisé leurs expériences, nommé sans détour ce qui fonctionne et ce qui doit évoluer, débattu des modèles économiques avec les chiffres sur la table.

05/03/2026 – Dakar Répartition des Zones Atelier n°1

Parmi les sujets qui ont traversé les trois groupes et alimenter les fiches, une question est revenue : que fait-on de tout ce qu’on a capitalisé ? Au fil des projets, les équipes ont accumulé une matière considérable : des guides techniques élaborés avec les producteurs, des formations adaptées aux réalités locales, des cas pratiques construites au fil des expériences, des retours de terrain documentés après chaque projet. Des ressources concrètes, utiles, peu accessibles en dehors du projet qui les avait financées.

SYSALIS, une plateforme de capitalisation et de diffusion des connaissances développée par A Better Life, est conçue pour changer cela : rassembler ces contenus, les structurer, les rendre accessibles aux acteurs de terrain, aux partenaires, aux agri-preneurs et les faire vivre au-delà de la durée d’un projet.

Les équipes présentes au séminaire ont souligné que chaque nouvelle initiative peut désormais alimenter la plateforme : une formation testée au Burkina peut être adaptée et partagée au Niger, un guide sur la transformation du moringa peut bénéficier à des coopératives dans plusieurs pays.

C’est une autre façon de penser la valeur construite par le réseau, non plus des livrables créés pour un projet, mais des ressources qui continuent à circuler et à servir une grande diversité d’acteurs. Et au-delà du continent africain, SYSALIS ambitionne de devenir une plateforme de référence pour diffuser ces pratiques et ces expériences à l’international, faire rayonner les savoir-faire agricoles africains auprès d’autres régions du monde qui font on vont faire face aux mêmes enjeux alimentaires et climatiques.

Centre de services agricoles dans le sud du Sénégal à Linkering

A Better Life est un mouvement, à nous de l’incarner

2026 est une année de structuration. Sécuriser l’équilibre, construire un modèle durable, réduire la vulnérabilité. Chaque initiative alignée sur la vision. Chaque décision assumée. Chaque direction pays repart de Dakar avec une feuille de route claire.

Ce que A Better Life cherche à construire s’appuie entièrement sur ce que SOS SAHEL a accumulé : l’expérience, la légitimité, les réseaux, la connaissance fine des filières et des acteurs. A Better Life n’est pas une rupture avec cette histoire. C’en est l’héritier direct et le prolongement vers un modèle plus entrepreneurial, plus autonome, plus ancré dans les dynamiques africaines elles-mêmes.

Ce que nous mesurons n’est plus seulement le nombre de projets réalisés ou de personnes touchées. C’est la souveraineté renforcée, l’autonomie gagnée par un centre de services agricoles, la valeur créée durablement dans une communauté rurale que SOS SAHEL accompagne depuis des années.

Comme l’a dit Sidy Sarr en conclusion du séminaire : « le Sahel n’est pas une périphérie fragile. C’est un laboratoire d’avenir. A Better Life n’est pas seulement une organisation. C’est un mouvement. À nous de l’incarner. »

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