Le fonio : la graine de l’espoir pour le Mali

Fort de son expérience dans la filière fonio, SOS SAHEL avec ses partenaires ont pour stratégie d’engager l’essor économique de cette incontournable céréale au Mali. L’initiative se concentre dans un premier temps à Mopti, une ville située au centre du pays et fortement impactée par l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. En créant des conditions de production et de commercialisation plus performantes, nous souhaitons renforcer la résilience alimentaire des Maliens.

Le centre du Mali – où se trouve la région de Mopti – est une zone particulièrement touchée par la précarité et l’insécurité alimentaire, surtout en période de soudure agricole. La soudure est une période difficile car elle arrive avant les premières récoltes et lorsque les stocks de céréales de l’année passée sont épuisés, provoquant alors une flambée des prix. A cela s’est ajouté la crise de 2012 qui a provoqué l’effondrement de la production agricole et la perturbation des circuits de commercialisation.

Les récoltes se sont, depuis peu, lentement mais sûrement améliorées au Mali. En témoigne la saison agricole 2020/2021 qui enregistre une légère hausse de sa production et devrait permettre un excédent de 3,9 millions de tonnes de céréales, allongeant la durée de vie des stocks. Néanmoins, cette progression ne constitue pas encore une réponse satisfaisante à l’insécurité alimentaire, mais nous pensons qu’une céréale typiquement sahélienne pourrait le devenir : le fonio.

Une solution traditionnelle de lutte contre la faim et la désertification

Surnommée « la graine du paysan paresseux » parce qu’elle est facile à cultiver, la céréale requiert peu d’eau et pousse même dans les sols pauvres. On peut donc compter sur ces cultures même quand la pluie est faible, un trésor pour les régions victimes des aléas climatiques. Sans gluten et riche en protéine, le fonio possède aussi d’importantes qualités nutritives qui concurrencent des produits comme le Quinoa.

C’est la priorisation des aliments importés et considérés comme meilleurs qui a considérablement ralenti la culture de cette graine traditionnelle, oubliée pendant un temps par les agriculteurs sahéliens. Mais depuis quelques années le fonio revient sur le devant de la scène agricole sahélienne.

Comme le soutient le chef sénégalais Pierre Thiam, « Au-delà de sa valeur nutritive et de sa facilité de culture, le fonio peut contribuer aux besoins de subsistance et sauver ainsi des vies et éviter les mouvements de migrations et les conflits ».

Aujourd’hui cette céréale que le peuple Dogon du Mali appelle « germe de l’univers » peut faire germer une solution traditionnelle de lutte contre la faim et la désertification.

Le défi : répondre aux problèmes de la période de soudure tout en créant de l’emploi

Au travers de multiples actions, nous voulons engager l’essor économique du fonio à Mopti. Pendant trois ans, il s’agira de renforcer l’ensemble des activités qui produisent et transforment le fonio en un produit final qui se vendra mieux. Le projet vise à créer ainsi 12 centres de transformation et de commercialisation afin de restructurer la filière et d’augmenter la valeur ajoutée du produit. Ce seront plus de 10 000 emplois soutenus à tous les niveaux de la filière fonio, dont 75% pour des femmes.

Par ailleurs, dans l’optique d’engager un développement durable pérenne avec des impacts mesurables, la mise en œuvre de ce projet permettra de restaurer 12 000 ha de terre dégradées. La culture du fonio est curative pour l’environnement, « Sous la terre, ses racines forment un réseau très dense, qui permet de retenir l’eau et ainsi l’érosion des sols. C’est une plante qui est une solution naturelle à la lutte contre la désertification » nous explique Pierre Thiam.

Pour les habitants de Mopti cela veut dire plus d’emplois, de revenus, mais aussi un volume de production plus élevé et qualitatif qui leur donnera un vrai pouvoir de négociation.

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