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DES PLANTES RÉSISTANTES AU CHANGEMENT CLIMATIQUE POUR ASSURER LA SÉCURITÉ ALIMENTAIRE

Les plantes résistantes au climat - Niger

Le Sahel fait partie des régions les plus pauvres du monde, pourtant ses terres regorgent d’un formidable potentiel insoupçonné sous nos latitudes. Dans ses zones arides florissent des plantes résilientes au climat. Avec un soutien adapté à leurs besoins, les populations de ces zones peuvent développer une filière de ces plantes, qui permettrait de nourrir la population, créer de nombreux emplois et répondre aux défis de la dégradation de leur environnement et du changement climatique. 

Les plantes résistantes au changement climatique sont essentielles

Si le rôle des arbres dans l’équilibre de notre écosystème est très documenté par les spécialistes du climat, leurs contributions aux activités des habitants de certaines zones rurales sont moins connues du grand public. Les arbres sont une ressource naturelle clés dans le quotidien des populations rurales du Sahel. Leurs bois sont utilisés comme combustible, leurs racines sont écorcées pour la fabrication de médicaments et ils servent aussi de pâturage pour les animaux.

Dans les zones arides où les conditions climatiques sont extrêmement rigides et changeantes, les arbres indigènes ont développé des mécanismes d’adaptation et de survie impressionnants.

Ils se protègent du vent et de l’érosion en fabriquant des écorces larges et solides. Ils font preuve d’une grande résilience pendant les périodes de sécheresse. Malgré une pluviométrie faible et une chaleur extrême, les plantes indigènes comme le Marula et le Boscia senegalensis portent des fruits, même pendant la sécheresse. Cela grâce à leurs mécanismes spéciaux de gestion de l’eau, adaptés à leur environnement. Ces plantes stockent l’eau dans leurs troncs et dans leurs racines.

Le Maerua crassifolia et le Jujubier de Maurice sont des plantes chétives, en apparence extérieure, mais forment des racines profondes pour pouvoir suivre l’humidité plus longtemps dans le sol. Certains arbres comme le tamarinier font des petites feuilles pour minimiser l’évaporation de l’eau, alors que d’autres comme le dattier du désert ont des feuilles dures et épaisses. Ces plantes ne prennent pas de volume pour minimiser les dépenses en eau.

Enfin certaines plantes sont armées d’épines ou de feuilles amères pour se protéger du broutage des animaux, et éviter de compenser ce qui aurait été détruit. C’est le cas du palmier doum d’Égypte et du Jujubier de Maurice.

Les mécanismes d’adaptation varient d’une plante à une autre. Ils sont toutefois moins observés dans les zones fertiles très pluvieuses.  Ces plantes résistent donc mieux au changement climatique que les céréales au climat pluvieux, comme le riz, le mil, le maïs et le sorgho.

Une nouvelle source alimentaire

Malgré leurs richesses, ces plantes « souffrent » d’une mauvaise réputation. Les plantes indigènes servaient de réserves alimentaires pour les ménages pauvres ou pendant les années de déficits pluviométriques. Ils ont donc longtemps été déconsidérées au détriment des céréales pluvieuses.

Avec le changement climatique qui réduit de plus en plus la saison des pluies, ces plantes peuvent être une nouvelle source alimentaire, d’autant plus qu’elles sont extrêmement riches en vitamines (glucose et protéine) et couvrent dans leur globalité tous les besoins nutritifs de l’organisme. Le Jujubier de Maurice par exemple est très vitamineux. Les graines d’amandes et les pommiers du Cayor sont très riches en glucose et contiennent beaucoup de protéines.

Au Niger où ces plantes indigènes sont très abondantes, Josef Garvi, entrepreneur social et directeur de l’innovation de Sahara Sahel Foods affirme que « beaucoup de ces arbres sont porteurs de fruits et de feuilles très nutritifs. Ils font partie de la tradition alimentaire chez nous depuis des millénaires ».

Les produits transformés représentent aussi une source alimentaire novatrice. Sahara Sahel Foods, une entreprise sociale basée au Niger, travaille avec les populations rurales pour transformer les produits des plantes en aliments naturels très nutritifs. Des mets et des jus délicieux tels que la confiture de kanya, naturellement sucrée, sont issus de la collaboration de l’entreprise avec les producteurs locaux.

Enfin, ces plantes ont de meilleurs rendements que les cultures pluviales. Lorsqu’elles sont prises dans leur globalité, elles donnent des fruits à toutes les saisons. Cela garantie la disponibilité des aliments tout au long de l’année.

Une source de revenus pour les ménages pauvres

La plupart des habitants des zones rurales vivent avec des ressources limitées. Afin de créer des revenus pour ces populations vulnérables, Sahara Sahel Foods travaille avec un réseau de 1500 fournisseurs (cueilleurs) repartis dans 70 villages. Voir le témoignage de Josef Garvi 👇

Par ailleurs, l’activité de cueillette, liée à ces plantes, stimule l’esprit d’entrepreneuriat dans ces petits villages. Des femmes, souvent très pauvres au début, réussissent à prendre en charge les besoins de subsistance de leurs familles. Certaines en font une activité régulière et arrivent même à faire des épargnes et des investissements. Elles réinvestissent les bénéfices dans d’autres activités. Elles apprennent aussi à semer et à protéger leur environnement.

Les défis pour développer une filière locale solide

Cette économie locale, basée sur ces plantes, reste cependant très limitée au regard des nombreuses difficultés de ces populations : sécheresse accélérée par le réchauffement climatique, conflit sur les surfaces agricoles de plus en plus réduites, insécurité et pauvreté. Pourtant avec un accompagnement adapté, elles peuvent développer une filière locale qui permet de nourrir leurs familles, crée de nombreux emplois et répond aux défis de la dégradation de leur environnement  et du changement climatique.

Pour aider ces populations à mieux exploiter ces ressources, nos équipes au Niger les accompagnent pour récupérer des milliers d’hectares de terres dégradées par la sécheresse. Les petits exploitants, organisés en comité, sont équipés pour ériger des barrières de pierre afin de sécuriser les terres et effectuer des plantations.

Un comité a été mis en place pour gérer les forêts ainsi créées, il est composé des représentants des couches socio-professionnelles dont l’activité a un lien avec les produits forestiers : phytothérapeutes, charbonniers, exploitants de bois de chauffe, représentantes des femmes, etc…

Dans ce contexte de crise sanitaire et sécuritaire, ces populations ont plus que jamais besoin de soutien pour multiplier ce type d’actions et développer une filière locale des plantes indigènes, au bénéfice de milliers de populations vulnérables.

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